La grande émotion de Kerguelen

Publié le par Isidore

Faut-il réaliser ses rêves ? Doit-on toucher du doigt ce qui a habité notre imaginaire depuis si longtemps ? Est-ce vraiment bon de toucher à son but ? La dernière nuit de transit entre Crozet et Kerguelen est difficile et pleine de questions. On n’a jamais été aussi près. L’impatience est teintée d’angoisse.


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L’albatros, seigneur des mers australes.

 

23 h à la passerelle. Le ciel est étoilé, la température fraîche, la mer s’est calmée après nous avoir secoué pendant 48 heures. Petite leçon de point astronomique avec Alain, le chef mécanicien, qui, même plongé dans la bécane, n’a pas oublié ses classiques. Et puis, Luc, le lieutenant montre les nuages de brume éclairés par la lune à bâbord. « Kerguelen en vue ». 49°30 S, nous passons devant l’île de l’Ouest et faisons route vers la pointe sud-ouest de l’archipel. Les yeux fixés sur la terre, on pense forcément à ces explorateurs, aux marins du 18e siècle, à Yves de Kerguelen, qui croyait trouver ici le grand continent du sud.

 

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Caroline, à la passerelle. Le Marion entre dans les eaux de Kerguelen.

 

Le vent tombe, quelques heures de sommeil agités et un réveil grandiose dans la baie d’Audierne, mais devant nous, le paysage est bien éloigné des plages de Pouldreuzic et des rochers de Saint-Guénolé. Nous sommes devant la presqu’île d’Entrecasteaux, entourés de sommets noirs, de côtes découpées et de paysages pour lesquels les adjectifs descriptifs métropolitains ne sont plus vraiment à la hauteur.

Au fond du fjord dans lequel le Marion a prudemment pénétré se dresse le glacier Cook, le plus grand glacier français. Qui depuis quelques années recule spectaculairement. Les scientifiques et logisticiens de l’IPEV sont d’ailleurs partis ravitailler la cabane de la Mortadelle, à l’avant-poste de l’observation de ce phénomène.

 

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Derrière le Marion, le glacier Cook, plus grand glacier français.

 

À la passerelle, Grégoire a sorti une carte qui ressemble à une œuvre d’art, dans la lignée des portulans des grands navigateurs. Ici pour naviguer, point de relevés du SHOM, mais une carte de reconnaissance soigneusement annotée par des générations d’officiers du Marion. Le commandant a les yeux rivés sur la sonde. La manœuvre d’évitage au fond de la Baie de la table est délicate, mais Éole a décidé de nous accorder quelques heures de répit après avoir tempêté pendant 48 heures sur l’archipel.

 

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Le fameux golfe du Morbihan.


Les différents ravitaillements effectués, le Marion reprend la route de Port-aux-Français en longeant la côte sud. Sur le pont, le spectacle est permanent. Après avoir doublé la pointe de Penmarc’h (qui ici n’est pas dotée d’un phare), le Ross apparaît. Point culminant de l’île, le mont Ross, 1731 mètres, domine le massif Galliéni, qui forme une gigantesque presqu’île dans le sud-est. Juste en dessous de la région des lacs et des plateaux. Et du fameux golfe du Morbihan, vers lequel nous nous dirigeons.

 

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Manu croque les paysages fabuleux malgré le froid.


« C’est trop, j’en peux plus ». François a les yeux qui coulent derrière son objectif. Le froid, bien sûr. Rien à voir avec les paysages qui défilent sous nos yeux. Nous renonçons à parler. La bouche ouverte, appuyés sur la rambarde de la passerelle supérieure, en plein dans le couloir du vent qui s’est à nouveau levé, nous commençons à comprendre l’incroyable fascination que l’archipel sauvage exerce sur les hommes depuis toutes ces années. Le silence éberlué devant la nature à l’état brut. Sans doute le premier symptôme du syndrome des Kerguelen.

Le Marion est dans la passe royale. Le chenal du golfe du Morbihan qui mène au village le plus austral de la République. Port-aux-Français apparaît enfin au soleil couchant.


Caroline Britz

 

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La plaine Ampère, au sud de Kerguelen.

 

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Navigation dans les paysages grandioses de la côte sud.


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Mirélie 01/07/2010 21:25



Bonsoir, je viens de chez Olivier Bass, d'abord pour voir à quoi ressemble le Marion Dufresne, car j'ai adoré son livre. Les Kerguelens, ça a l'air encore plus sauvage que l'on imagine, un désert
de roches, de terres arides et de glace. Un désert glacé et inhospitalier où l'homme n'est que de passage. Heureusement qu'il y a des gens comme vous pour nous en rapporter un petit morceau !!!


Amicalement


Mirelie



roux 16/04/2010 09:04



J'ai apprécié vos photos. Bonne journée.