Partager l'article ! Sur la terrasse d’un jardin austral: Jamais nous n’aurions pensé que la vue d’un arbre pouvait autant nous émouvoir. De l’h ...
Jamais nous n’aurions pensé que la vue d’un arbre pouvait autant nous émouvoir. De l’herbe, des fleurs, des paysages qui rappellent la Provence, un air sucré et la veste polaire abandonnée au fond du sac. Personne ne va nous faire croire que l’on est dans les terres australes. Et pourtant.

Le cratère Antonelli.
Sur l’héliport d’Amsterdam, il y a quelques heureux qui respirent l’air réputé le plus pur de la planète. Il y a les Crozetiens et les Kergueleniens qui réapprivoisent le climat tempéré. Et il y a la petite famille de la base Saint-Martin-de-Viviès, une vingtaine de personnes, qui a décidé de nous faire un accueil princier dans son petit paradis subtropical, juché sur le cratère d’un ancien volcan.
Le district d’Amsterdam et de Saint-Paul s’étend sur ces deux îles volcaniques, distantes de 80 milles nautiques, à quelques degrés au-dessus de la ligne des 40èmes. Moins loin de La Réunion que ses cousines subantarctiques, dans des eaux tempérées, sur les routes maritimes, elles ont toutes deux été l’objet de tentatives d’implantation humaines et d’exploitation des ressources locales. La langouste à Saint-Paul et l’élevage à Amsterdam, où dans les années 20, un fermier réunionnais aurait introduit des vaches, qui, au fil des années, auraient appris à déambuler toutes seules, juste avant de devenir franchement sauvages. Des barrières autour de la base témoignent encore de la cohabitation récente des hommes et des ruminants. La base de Saint-Martin-de-Viviès disposait jusqu’à cette année d’un second de cuisine spécialisé dans la boucherie. Le troupeau a été abattu durant ces derniers mois, pour répondre aux critères de la réserve naturelle.

La cale aux otaries par jour de tempête.
Le temps d’une bise de bienvenue, d’un rapide tour dans la base chaleureuse et colorée, nous décidons de découvrir d’où provient le tintamarre, doublé d’une odeur persistante, que nous avons constaté à notre arrivée sur la DZ. Les fiers aventuriers ne vont pas le rester longtemps. « Vous allez à MAE ? Vous avez vos bâtons ? » Nous devrions déposer un brevet sur nos mimiques d’incompréhension australes.
Amsterdam, jardin austral.
MAE, ça n’a évidemment rien à voir avec un quelconque quai peuplés de diplomates. Ici, c’est la mare aux éléphants. Une grande plage de cailloux et de rochers, peuplés de ces animaux qui continuent, depuis Bus à Crozet et l’anse du pacha à Kerguelen, à nous effrayer. Les otaries. Partout.
Les gros mâles, doté d’une houpette, se prélassent. Les femelles se mettent à l’eau le matin pour chercher de la nourriture et reviennent au crépuscule nourrir les poops, les adorables bébés qui piaillent dans les rochers. Mignons, car encore inoffensifs. Les parents, toujours prompts à charger, nous terrorisent. « T’as vu l’état de leurs dents ? T’imagine même pas la dose d’antibio qu’il faut prendre après avoir été mordu. Et puis, ça cicatrise super mal» Merci, bon docteur Fabien.
Passage en mode otarie : tout le monde groupé derrière un guide expérimenté, un bâton à la main, des guetteurs de chaque côté, nous crapahutons sur les rochers au milieu de la colonie. Beaucoup de petits nés en début d’année, un très bon signe pour l’espèce, qui a été menacée par le passé. Les otaries sont ici chez elles. Et cohabitent sans aucun problème avec les humains autochtones et la grue qui manutentionnent les conteneurs sur la petite cale. Tout juste un grognement quand le tracteur s’approche trop près. Non mais.
Sieste matinale au milieu des otaries.
« Des hortensias, on dirait chez nous. » Et voilà que ça recommence. Nous sommes dans un jardin austral. Au fond d’une coulée de lave, juste à côté de la station météo, un petit banc en bois, une bêche et un potager. L’endroit est propice, abrité des vents et d’une température clémente. Des boules de pétanques, des verres, une nappe à carreau, la vie a un parfum de douceur à Amsterdam.
Le Marion Dufresne croise l'Austral devant Ams.
« Encore de la langouste ? » C’est effrayant de voir à quelle vitesse on prend goût au luxe. Emmanuel fait des allers-retours entre la table et le barbecue. Une quarantaine de trajets en une demi-heure. « On en profite, hein ? » La reine langouste a de nombreux sujets pour le traditionnel festin d’Amsterdam. Plus qu’un délicieux crustacé, la langouste est, ici, une culture et une religion. Hier, l’Austral de l’armement Sapmer, seul bateau autorisé à pêcher la langouste dans la zone, a salué la base avant de reprendre la mer pour débarquer sa précieuse cargaison à la Réunion. Une solide amitié règne entre l’équipage de l’Austral, le capitaine Michel le Glatin et ses cinquante marins, et la base de Saint-Martin-du-Viviès. « On aime bien les recevoir, sourit Eliane, la chef de district, ils viennent ici quelques heures pour se détendre, jouer au foot et couper avec le bateau. » En échange, les marins sont heureux de nous faire découvrir leur incroyable bateau, à la fois palangrier, caseyeur et usine de congélation.

"10 avril - Leve du jour en terre australe. Aujourd'hui, j'ai 40 ans." (François)
Encore deux anniversaires à fêter. François n’en revient pas d’avoir 40 ans dans les 40èmes. Pascal, le pilote de l’hélico, a pu profiter de quelques instants de répit sur la base, pour découper les soixante parts de l’œuvre d’art préparés par les pâteux de Cro et d’Ams. Tous ensemble, au milieu de l’océan indien, nous profitons encore quelques instants de notre terrasse sur le jardin austral.
Caroline Britz
Paysages volcaniques d'Amsterdam. Yann et Jean-Charles.
Partie de tennis reportée.

Jour tranquille a bord du Marion.
Une soirée au Cabanon chez les marins.
Christian. L'Austral sur le point d'appareiller pour La Réunion.
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