Jour 2-3-4 : Tromelin

Tromelin, du soleil, de l’histoire et des sacrés personnages

Un kilomètre carré. Une longue bande de sable qui culmine à 7 mètres. Une histoire tragique de naufragés abandonnés et une station météo sur la route des cyclones. Voici Tromelin, une des îles éparses, gérés par l’administration des TAAF depuis 2005.100322-MD-Tromelin-19.jpg


Le Marion est arrivé au mouillage à six heures du matin. Pas d’ancre, à la passerelle, les hommes de quart vont maintenir le navire manuellement pendant les huit heures d’escale. Un sacré entraînement pour les jeunes lieutenants du bord, surtout quand on voit les courants et la houle qui casse devant les plages de Tromelin.

L’hélicoptère décolle pour sa première rotation à 8h30. Patrice, l’OPEA, gère toute la logistique de ravitaillement pour les TAAF. Radio à la main, il est posté sur l’hélideck, le DZ en « language Marion ». Le premier vol amène les techniciens des TAAF, qui vont assurer, en face sur Tromelin, la manutention du ravitaillement : pas mal de bidons d’essence pour le fonctionnement du groupe électrogène de la station météo et un peu de fret. L’essentiel de l’avitaillement de Tromelin, comme celui des autres îles Éparses habitées (Europa, Glorieuses, Juan de Nova) se fait par un Transal de l’Armée de l’air. Le Marion est passé une fois en 2009 lors d’une rotation dédié aux îles Éparses.

Nous arrivons sur Tromelin à 9 heures et il y fait déjà très chaud. Une petite allée ombragée par des cocotiers mène à la station météo installée ici depuis les années 50. D‘énormes bernard l’hermites traversent tranquillement la terrasse. « Des charognards, notre service d’hygiène, quoi », rigole Pascal, le « météo » chef de base de Tromelin.

Pascal a le teint buriné et le sourire contagieux. Sacré bonhomme et sacré parcours. Originaire de Landerneau, près de Brest, il s’est engagé dans la Marine. « Ensuite, je suis allé à l’école pour apprendre le métier de la météo ». Et il part sur les navires de la ligne des Antilles de la CGM, qui à l’époque embarquaient un météo, qui faisait les prévisions directement à bord, à l’aide d’un ballon sonde. Il y rencontre un jeune officier, qui devient un ami, Pierre, aujourd’hui commandant du Marion. Retrouvailles improbables des deux copains sur une terrasse d’une île perdue au milieu de l’océan Indien.

Pascal travaille désormais à Météo France à la Réunion. Et vient dès qu’il peut passer un mois à Tromelin. « On n’est pas nombreux, deux météos, un cuistot et un technicien. Mais, moi j’aime bien. » Tous les matins, il va faire le tour de « son » île, dont il connaît tous les recoins et toutes les histoires. Et puis il y a les relevés météos : des observations en surface (nébulosité, température, pression…) toutes les trois heures et un lâcher de ballon une fois par jour. Le ballon monte à 25 000 mètres et recueille sur chaque couche de son ascension la pression, la température, l’humidité, la direction et la force du vent. Les données sont transmises en temps réel à la Réunion, qui les intègre au calculateur qui donne les prévisions. « Nous sommes sur la route des cyclones, qui se forment au Nord, près des côtes indiennes et qui descendent vers les Seychelles puis Madagascar. » À la fin de l’année, la station météo de Tromelin va être automatisée. Pascal va regretter son île, c’est sûr.

Un chemin serpente tout autour de l’île, sur la côte sud, des plages de galets et pas mal de déchets apportés par la mer. Et de quoi ouvrir une boutique d’occasion de tatanes. Les tongs, de marque et de tailles variées, sont souvent utilisés par les pêcheurs pour faire flotter les filets. Les courants les arrachent parfois et les ramènent ici.

Le long du chemin, dans les veloutiers (des arbustes qui ressemblent à de grandes plantes grasses), des oiseaux aux becs bleus nous observent placidement. Ce sont des fous à pieds rouges, une des deux espèces d’oiseaux de l’île, avec les fous masqués qui, eux, préfèrent rester au sol. Toute la zone centrale de l’île abrite les colonies, de temps en temps visitées par des sternes et des courlis. Nous ne verrons pas de tortues, puisque les femelles, qui pondent à cette saison, ne viennent sur la plage qu’à la tombée de la nuit ou à l’aube.

Au bout du chemin, sur la côte nord, un pan d’histoire découvre à marée basse. Une vieille ancre rouillée à quelques mètres des plateaux de cailloux sur lesquels s’écrasent les rouleaux. Celle de l’Utile. Une flûte de la compagnie des Indes orientales qui, à la fin du 18ème siècle, faisait commerce dans les Mascareignes. Alors qu’elle se dirige vers Maurice, avec à son bord des dizaines d’esclaves de Madagascar, elle s’échoue, le 31 juillet 1761 sur les cailloux de Tromelin. Tous ses occupants sont saufs, ils descendent sur la petite île déserte. Les naufragés doivent déjà se douter qu’ils en auront pour un bon bout de temps sur place. Ils construisent un campement et même un four pour cuire les aliments qu’ils ont pu ramener du bord. Le second capitaine du navire imagine un plan pour une embarcation de secours. Les marins et les esclaves sont réquisitionnés pour le construire. Et quand ce dernier est fini, l’équipage monte à bord en promettant aux soixantes esclaves de revenir. Promesse jamais tenue. Il faudra attendre le 29 novembre 1776, que le chevalier de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, récupère les survivants : 7 femmes et un bébé de huit mois.

Tromelin conserve encore quelques vestiges du campement. Le groupe de recherche en archéologie navale a mené plusieurs campagnes. Une grande exposition devrait être prochainement être organisée en métropole.

Le ravitaillement est terminé, et le rougissement cutané des touristes d’un jour indique qu’il est temps de quitter l’île des Sables. La corne de brume du Marion salue une dernière fois les naufragés volontaires de Tromelin. Route au 180, plein sud, direction la Réunion.


Caroline Britz


 

Jour 2 : En route

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Départ de La Réunion.


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En route pour Tromelin.

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Pascal, le pilote, arrive à bord du Marion Dufresne.



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Caroline sur le sabord de sa cabine à bord du Marion.

Jour 3 : Tromelin

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Tromelin, une île deserte perdue dans l'océan indien, 1km2, point
culminant 7 m au dessus de l'océan.


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Tromelin, un "cailloux" des Iles Eparses situées au large de Madagascar.


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Le Marion au mouillage en face de l'ile de Tromelin.

Au premier plan, l'ancre de l'Utile.


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Caroline, François et Emmanuel à la découverte de la base météo.

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Pascal, technicien pour Meteo France, réside quelques mois par an sur
Tromelin.

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Avitaillement par l'hélico de la base méteo de Tromelin.


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Des fous à pieds rouges peuplent les veloutiers sur les abords de la
piste de Tromelin.

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Du hamac à la base : Pascal, technicien pour Meteo France, vit plusieurs mois par an sur ce bout d'île.

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Emmanuel sur une plage de Tromelin croque le Marion Dufresne.

 

Jour 4 : Retour de Tromelin

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En passerelle lors d'une manoeuvre dans le port de Saint-Denis.


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Retour au port de La Réunion.

 

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