Pafien d’un jour, pafien toujours

Publié le par Isidore

100411 Dessin Manu 7

Vues de Port-aux Français, la capitale de Kerguelen.

Totoche. En réunionnais, ça veut dire quelque chose comme fin de soirée agitée. En pafien, ça veut dire centre du monde ou, plus modestement, place du village. Le pafien, c’est la langue de PAF (Port-aux-Français). Un mélange de toutes les langues que l’on parle ici : l’ornitho, le marin, le pop chat, le VAT et le manchologue. Le tout saupoudré d’un délicieux accent réunionnais.

On apprend vite. Surtout à Totoche, le mythique bar de PAF, qui nous accueille en début de soirée. Les Pafiens sont nombreux, près d’une centaine d’habitants lors de cette dernière campagne d’été. Les Pafiens mâles sont majoritairement barbus et ont le teint buriné de ceux qui ont passé les quatre derniers mois à crapahuter en « manip » aux quatre coins de l’archipel pour récolter des précieux renseignements sur la faune et la flore de l’île.

Pour une partie d’entre eux et pour une vingtaine de contractuels réunionnais, venus travailler sur les grands chantiers de rénovation de PAF, l’OP1 sera celle du retour. Pour les autres et la relève que nous amenons, ce sera la dernière visite du Marion avant l’hiver austral, qui s’effectuera en plus petit comité, une soixantaine de personnes.

Alors, en attendant le grand départ, on se retrouve tous sur l’immense piste de danse de Totoche, où sur la scène, un orchestre improvisé mélangeant les musiciens du Marion avec les zicos locaux, Henri, le charpentier, François, spécialisé dans l’étude des truites peuplant les lacs de Kerguelen, et JC, l’ornitho, enchaîne les tubes. Et épuise, un à un les chanteurs.

 

 

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Notre Dame des Vents, la chapelle de Port-aux-Français.

 

Devant Totoche, dans l’espace fumeur où la cigarette, soumis aux forts vents d’ouest, se consume en un temps record, les nouveaux arrivants questionnent les vieux routards de Ker.

« T’es dans quel L, toi ? » Traduisez, « dans quelle résidence de la base es-tu ? » Les bâtiments de vie, installés dans les années 70, étagés sur toute la hauteur de PAF, ont une forme de L et regroupe chacun un corps de métier de la base. Ainsi, juste en face de la vie comm’, le bâtiment L3, récemment rénové pour être notamment mieux isolé, regroupe la confrérie des cuisines. Les L5 et L9 sont ceux des VAT et le mythique L7, celui des marins de la base. Bleu, doté d’une splendide terrasse en bois de récup, il abrite également une salle commune qui reconstitue un authentique carré de bateau. Les gars de la Marine, qui s’occupe ici de la flottille et de la production d’énergie, y reçoivent chaleureusement et perpétue fidèlement les traditions de leur métier.

L’architecture de PAF ne se résume cependant pas aux L. Il y a même déjà des monuments historiques. À côté de Louison, le bâtiment d’habitation flambant neuf, il reste aussi quelque fillod, ces vieilles structures en acier riveté en forme de demi-lune, que les pionniers des années 50 avaient installé pour y habiter. Ajoutez à cela des hangars en tout genre, une église perchée au-dessus de la baie, un radôme au bout de la route 66, un café du port et vous avez une idée du patrimoine pafien. Rustique, un peu décousu, mais original et pratique.

« De toute façon, on y est le moins possible à la base. Dès qu’on peut, on s’en va en manip. » Les VAT et les scientifiques nous décrivent tous le même phénomène. Une sorte d’attraction fatale vers la « cabane », qu’on appelle ici par son petit nom, Jacky, Val Studer ou Sourcils Noirs. Le Pafien est mobile et nomade par essence. Dès qu’il le peut, il saute dans ses bottes puis dans le chaland, le bus maritime du golfe, se fait déposer avec un ou deux concitoyens sur une île et crapahute en direction de la cabane, base provisoire de vie et d’observation. Dont tous parle avec un sourire béat. « Tu comprends, t’es là sur ton île,  au milieu de la nature, seul, libre. Le bonheur. » Le Pafien ne tolère la foule qu’à Totoche, c’est comme ça.

Au détour des rues de PAF, on tombe sur le Club Réu. L’autre « place-to-be » de la base, où l’on peut, de temps en temps, se réunir en petit comité et cuisiner les produits du pays arrivés par colis. C’est aussi un des lieux privilégié des Réus, les contractuels réunionnais qui sont nombreux à travailler sur les différents chantiers de la base Et qui viennent presque tous du village de Saint Joseph. Pour certains, comme Jacky ou David, leurs séjours ici ou sur les deux autres districts ne se comptent plus. Et ils reviennent. « On gagne mieux notre vie ici, c’est sûr. Mais il y a l’ambiance et les gens, ça nous plaît. »

Devant Totoche, le vent ne tombe toujours pas. Suivant la technique désormais maîtrisée de la tête baissée dans la bourrasque, le Pafien regagne son L. Demain, il paraît qu’il va faire beau.


Caroline Britz

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Nicolas 12/04/2010 11:37



Et oui le pafien une langue méconnue du grand public mais qui s'apprend très vite et qui même âpres le retour en métropole ne s'oublie pas, âpres un hivernage en 2007, je connais encore les
petites subtilités de ce pafien lointain.


N’oubliez pas vos touques pour le chaland, il devra beatcher sur PJDA puis sur cochon, au retour direction les L. Une fois en cabane ne pas oubliez la VAC a 17h30 sur le Canal 26.


Les kergueliens comprendront ces quelques lignes lol.




Sophie 12/04/2010 08:25



Encore une fois j'ai presque l'impression d'y être! les écrits, les photos, les acquarelles font un ensemble extraordianiare!


j'ai ai presque le coeur qui bat en contemplant la luminosité qui en émerge! bientôt ce seront les frissons, peut être du froid que vous ressentez là bas, mais la chair de poule qui marque les
instants magiques que vous vivez!


merci! Sophie!


PS: caro tu me manques, la prochaine fois j'embarque dans tes bagages et je me cacherai dans la cale!